Claire Naudin
12, Rue du Meix-Grenot
21700 Magny-les-Villers
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Domaine naudin Ferrand Magny les villers

Un Vin de Table de Prestige?

Soyez prêts à changer votre vision des capsules bleues

A... 007 Dans les jours qui viennent, normalement, j’aurai acquis des capsules « timbre bleu », qui me permettront de commercialiser en France mon premier Vin de table Blanc: A… Naudin 007.

Drôle de nom me direz-vous ? Avec l’interdiction de mentionner le millésime tout autant que le cépage, il faut jongler. Alors je me suis prise au jeu et voici le résultat, sur l'étiquette ci-contre.  Vous pouvez lire la contre étiquette: décryptez-la...

Mais d’où vient-il ce vin ? A la base, il y a une petite vigne plantée en cépage aligoté, en 1902, donc par mon arrière grand père. Depuis plusieurs années, je rêvais d’en vinifier le raisin séparément, et d’une façon bien particulière, de le presser en raisin entier, sans apport de sulfites. Je voulais le travailler comme mes ancêtres… J’avais l’impression que cela m’apprendrait beaucoup, une intuition très forte, qui s'imposait à moi…

En 2007, année pourtant un peu difficile d’un point de vue météorologique, je me sens prête, je me lance. La vendange est rentrée à 11°2 d’alcool potentiel naturel, et là mon intuition me dit de ne pas y toucher : non seulement il n’y aura pas de sulfites, mais pas non plus de sucre ajouté, ni bien sûr de levures, d’enzymes, de bentonite (argile qui sert à clarifier clarifier le vin)…

Rien que du raisin !  Et tout se passe bien... J’envisage donc assez vite une mise en bouteille sans filtration, par gravité, avec juste un petit apport de sulfites afin de stabiliser le vin et de lui permettre de voyager un peu, si besoin !

A la dégustation il ne ressemble pas vraiment à l’appellation qui devrait lui correspondre : plus aromatique, plus complexe, avec des nuances inhabituelles... En outre, sa vinification particulière fait qu’il n’est pas tout à fait « dans le schéma type », qui vient d’être redéfini par la réforme de l’agrément.  En effet, après questions aux organismes responsables, il apparaît :

  • Qu’il est de bon ton de filtrer les vins (en tous cas un dépôt, même naturel, même s’il n’est aucunement amer ni désagréable au goût, est considéré comme un défaut)…
  • Qu’il est bien vu de sulfiter les vins à des niveaux élevés (même si la loi fixe des valeurs maximums, non pas des valeurs planchers)… Par exemple, là où je me contente de 50 mg par litre de dioxyde de soufre, certains exigent plus de 100 mg/l…
  • Qu’il n’est pas prévu une expression aromatique aussi exubérante, même si elle est le fait d’un terroir, d’un raisin issu d’une très vieille vigne, d’une vinification peu interventionniste, c'est-à-dire de facteurs inhérents à l’appellation…

Alors, analysant cette situation, considérant que ce vin n’est pas chaptalisé, je décide de le porter sur ma déclaration de récolte sans son appellation, et de le vendre vin de table. En effet :

  • d’une part je ne prendrai pas le risque de me voir mal noter par un collège de dégustateurs qui n’admet aucune déviation par rapport au « vin type », ou du moins à l’idée qu’ils s’en font.  C’est toujours assez difficile d’accepter ce type de critiques, à l’emporte pièce, et de devoir se justifier sur sa façon de travailler, lorsque justement on a tout fait depuis plus de 16 ans pour aller dans le sens de ce que l’on considère être la qualité du vin justement :
    • baisse des rendements
    • amélioration du palissage
    • amélioration de la maturité et de l’état sanitaire des raisins
    • tri draconien lorsque ce n’est pas suffisant
    • suppression des manipulations inutiles ou irrespectueuses du terroir...
  • d’autre part, je m’ouvre un champ de liberté énorme, d’un point de vue commercial, car ce vin ne sera plus emprisonné dans une « petite » appellation.  Le « Bourgogne aligoté » est sans cesse davantage tiré vers le bas, galvaudé voire même méprisé par nombre de collègues qui ont oublié à quel point il pouvait pourtant procurer du plaisir…

Au contraire, je souhaite tirer ce vin vers le haut pour aller au-delà de ce que l’appellation m’aurait permis. D’ailleurs les premiers commentaires de dégustation montrent à quel point ce vin surprend positivement !

Et j’avoue que je suis bien tentée de reproduire cette démarche en 2008, si les conditions climatiques me le permettent. En effet, les cuvées Clou 34, Omayga, Orchis et Bellis peuvent se retrouver demain en difficulté, lors de l’agrément, car elles ne sont pas « dans le moule ».  Vous êtes cependant nombreux à me manifester votre satisfaction sur ces cuvées, vinifiées d’une façon bien particulière…  Et personnellement elles me font aimer mon métier : elles exigent une immense rigueur technique, tant aux vignes qu’en cave, et elles me procurent un immense plaisir des sens : complexité, saveur, émotion, tout y est !

Une fois encore je le dis, je rêve d’AOC. où cohabiteraient des vins aux multiples faciès, pour votre plus grande satisfaction. J’ai passé des heures et des heures en réunions, pour défendre ce point de vue. Mais je crains de ne pas faire le poids…

Alors l’année prochaine, peut-être la liste des vins de table du domaine Naudin se sera t’elle un peu allongée. Alors ne pensez pas « Claire a échoué, elle a perdu l’appellation »…Dites-vous plutôt qu'elle exprime ainsi sa liberté et son esprit d’indépendance, par amour de son métier !

Claire Naudin
15 septembre 2008

PS: Vous retrouverez également cette confidence sur le blog de Jacques Berthomeau, qui l'a appréciée au point de l'y poster.

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